De la difficulté d’adapter un livre au cinéma


Bibliothèque / samedi, septembre 29th, 2018

J’ai mis à profit ces quelques dernières semaines de vacances pour aller au cinéma voir les films que j’attendais depuis longtemps. Parmi eux, Le cercle littéraire de Guernesey et Love, Simon, deux films basés sur des romans que j’ai lu. Dans les deux cas, j’ai été plutôt voire carrément déçu.

Pourtant, j’en ai vu pas mal des adaptations, et je n’avais pas le souvenir d’avoir été autant déçu que je l’ai été par Le cercle littéraire de Guernesey, est-ce moi qui suis devenue beaucoup plus difficile ? Est ce film qui était raté ?

Il est certes toujours difficile d’adapter une œuvre au cinéma, surtout quand elle a beaucoup plu aux lecteurs. Le scénariste ou le réalisateur ont-ils le droit de modifier l’œuvre pour l’adapter à ce qu’il souhaite en faire ? Une adaptation est-elle une dénaturation ou une simple interprétation d’une œuvre par un scénariste et/ou un réalisateur ?

Lire avant ou après : Quelle différence ?

Le cercle littéraire de Guernesey est ma plus grosse déception cinématographique depuis longtemps. Déjà, avant même sa sorite j’avais été interloqué par le changement de titre qui avait été opéré en choisissant de porter le roman à l’écran. Pour moi, une des choses qui faisait la force de cette œuvre c’était bien son nom : Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. Original, celui-ci était percutant et faisait directement référence à l’histoire. Le titre de l’adaptation me fait davantage penser à un téléfilm que l’on pourrait voir le mardi après-midi sur M6.

Mais je voulais quand même aller voir le film parce que j’avais littéralement adoré le roman, qui reste encore aujourd’hui dans mon top 5 voire même peut-être mon top 3. Résultat : J’ai trouvé le film aussi plat que le titre. Ce n’est pas catastrophique, je ne me suis pas ennuyé, mais il apparaît comme une pale copie à côté du roman. Un téléfilm M6, je trouve que c’est une bonne comparaison. Je suis peut-être un peu trop dure mais après avoir lu le livre, il est difficile de l’égaler. Peut-être est-ce ça le problème l’ordre lecture/visionnage ?

J’ai été voir Love, Simon après avoir lu le film quelques semaines avant. J’ai trouvé le film agréable à voir et malgré un certain nombre de différences relativement fidèle si ce n’est à l’histoire du moins au valeurs et à ce que voulait transmettre l’auteur (contrairement au Cercle littéraire de Guernesey), mais j’ai pris moins de plaisir qu’à la lecture. Peut-être parce qu’un des grands plaisirs de cette histoire et de découvrir qui est son mystérieux correspondant et en ayant lu le livre avant, la surprise n’existant plus une fois dans la salle de cinéma. Il faut tout de même admettre que le roman met à notre disposition davantage d’indices et d’une façon plus subtil pour notre permettre de mener l’enquête mais même, la perte de plaisir ne réside-t-elle pas simplement dans le fait que je me suis « spoilé » en lisant le livre avant ?

Les choses voudraient qu’on lise forcément le roman avant car c’est la première des deux œuvres à exister, mais parfois l’inverse se produit.

Pourtant j’ai vu une bonne partie des films Harry Potter avant d’avoir lu les livres, est-ce pour ça que les adaptations ne m’ont pas dérangé ? Ou est-ce parce que les adaptations sont réussies ? Il est vrai que même si nous sommes tous d’accord pour dire que les films ont occultés des parties des romans, les adaptations sont plutôt bien faites et arrivent à retranscrire le monde fantastique et l’univers d’Harry Potter.

La question est donc, le plaisir du spectateur réside-t-il seulement dans la qualité de l’adaptation ? Ou dans notre attachement à l’œuvre que l’on découvre la première ? Il y a par exemple des romans que j’ai beaucoup aimé comme The Help par exemple dont j’ai refusé de voir l’adaptation de peur de gâcher mon souvenir de l’histoire (et de pleurer aussi, il faut l’avouer).

Faire des choix dans l’histoire : Est-ce obligatoire ?

Finalement, quand on parle d’adaptation à l’écran, on sous-entend toujours une modification de l’œuvre, mais est-ce vraiment nécessaire ? Ne pouvons-nous pas simplement transcrire l’œuvre telle quelle à l’écran ?

Et puis, si l’auteur est un artiste avec une vision propre, le réalisateur n’en est-t-il pas un lui aussi et ne peut-il pas apporté sa propre vision artistique sur une œuvre déjà existante ?

Concernant la première question, la réponse est simple, il est impossible notamment pour des raisons très simples de durée. Un livre qui se lit en 3 heures, ne peu pas être adapté en film, cela durerait bien trop longtemps. La preuve avec le dernier tome d’Harry Potter et le dernier de Twilight qui ont tous les deux été adopté en deux films pour une question de temps (et aussi pour une question financière soyons réaliste), ou bien même les romans de R. R. Martin qui donne lieu à toute une série.

Enfin, à quoi sert d’adapter un œuvre, si c’est pour en faire une copie conforme ? Quel est l’intérêt pour le spectateur ? N’a-t-il pas déjà lu l’œuvre, alors pourquoi lu infliger une pale copie qui aura de fortes chances de le décevoir ? Je pense notamment à une adaptation qui n’est dans ce cas là pas celle d’un livre en film mais d’un film en film, je parle évidemment de l’adaptation du film LOL en LOL USA par la réalisatrice du premier Lisa Azuelos. A trop vouloir rester proche de l’œuvre original on se retrouve avec un film sans grand intérêt qui n’arrive pas à recréer l’alchimie de l’original.

Pour ces deux raisons, des choix sont nécessaires, mais comment les faire et sont-ils toujours légitimes ? Pour moi, c’est bien la question qui se pose sur l’adaptation du cercle littéraire de Guernesey. Le roman est long et aborde différentes thématiques qui s’entrecroisent, il me paraissait évident qu’il y avait des choix de scénarios à faire mais pour moi, ils ont été catastrophiques. Les deux grands thèmes du roman sont pour moi : l’occupation de Guernesey par les nazis et l’amitié qui se crée entre tous les personnages et accessoirement l’histoire d’amour.

– ATTENTION SPOILER –

J’ai lu le roman il y assez longtemps, mais il m’avait beaucoup marqué et notamment à travers l’histoire d’Elizabeth McKenna. Dans le roman, Juliet l’héroïne fait la connaissance après la guerre des membres du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Guernesey, formé durant la guerre. De tous les membres sauf un, Elizabeth McKenna qui arrêté par les nazis et envoyé sur le continent. C’est à travers le récit de ces nouveaux amis que Juliet découvre cette femme forte et fougueuse, et c’st pour eux qu’elle se lancera à sa recherche. Pour moi c’est là le cœur du roman, cette traque de l’information dans une Europe encore dévastée d’une déportée à travers les prisons et les camps de concentrations européen. Le roman n’épargne pas comme le fait le film les récits des crimes et des violences des nazis. La seconde notion importante dans ce livre et celle de l’amitié et plus généralement des liens entre les gens, comment un contexte comme la guerre peut-il faire ressortir le pire ou le meilleur de nous ? Comment cela renforce-t-il les liens ? Quelles sont les conséquences de la pertes d’un être cher ? Et comment les liens d’amitié se forment ? Avec son format épistolaire le roman permet vraiment de comprendre et d’analyser chaque personnage et la construction de leur identité vis-à-vis de la guerre et de leurs propres souffrances. Et ceci est totalement absent du film. Celui-ci durent presque deux heures et j’ai l’impression d’avoir assisté à un épisode d’une série de vingt minutes tellement ils survolent toutes les histoires sans jamais entrer en profondeur. D’un roman fort et puissant, drôle et incisif qu met aussi en avant des personnages féminins forts dans le contexte de la guerre/l’après-guerre, les choix scénaristiques et de réalisations ne parviennent qu’à en tirer un navet mièvre se concentrant sur une histoire d’amour, qu’il n’arrive même pas à mettre réellement en scène. Comme si en deux scènes sur deux heures de films on pouvait montrer la véritable construction d’une relation comme le fait le roman.

– FIN DU SPOIL –

Et puis à quoi bon laisser un réalisateur adapter une œuvre si c’est pour lui interdire d’y apporter sa propre sensibilité ? Le réalisateur n’est-il pas un artiste à part entière ? On salue le talent des Orson Wells, Pablo Almodovar ou Xavier Dolan ? Pourquoi ne serait-ce pas la même pour un artiste qui apporte son interprétation propre à une œuvre pour la sublimer ou dénoncer à travers elle les vices de son temps ? Quand Anouilh revisite l’Antigone de Sophocle pendant la guerre n’est-ce pas pour dénoncer l’occupation et le pouvoir du régime nazi tout en évitant la censure ?

Je me souviens d’une interview du réalisateur de La chambre des officiers, François Dupeyron, qui expliquait son choix de rajouter un personnage féminin fort dans son film car il manquait pour lui à l’histoire. Pour moi, ce personnage était réellement en trop et n’apportait pas à l’histoire et qui plus est, retirait pas mal de caractère et de force de vivre au personnage principal (je n’en dit pas plus pour ne pas spoiler). De plus, je considérais qu’il y avait déjà un personnage fort qui méritait d’être développé, celui de Marguerite. La seule femme « gueule cassée » hospitalisée au Val-de-Grâce. Mais finalement c’est un choix très personnel, car en faisant quelques recherches sur le livre et le film pour préparer cet article, j’ai lu la présentation du personnage de Clémence – toujours présentée avant Marguerite et comme le premier personnage féminin du roman – l’amante de personnage principal dont j’avais totalement oublié l’existence. Peut-être là où d’autres lecteurs y ont vu un personnage marquant voire peut-être le plus marquant du roman. Voilà, bien la preuve de la subjectivité de l’interprétation d’une œuvre. Il est donc intéressant de laisser des réalisateurs et d’autres artistes réinterpréter des œuvres connues pour en avoir une nouvelle vision ?

Pour conclure, l’adaptation d’un film au cinéma offre une opportunité incroyable au lecteur de redécouvrir une œuvre qu’il a aimé sous un nouveau jour. La vision d’un scénariste et/ou réalisateur permet parfois, ainsi que l’interprétation des acteurs, d’apporter une vision nouvelle mais aussi de moderniser des classiques ou d’intégrer des œuvres avec une certaine résonance dans un environnement contemporain. Cependant, il s’agit aussi d’un travail difficile qui réside essentiellement dans le choix, et il est important celui-ci n’en vienne pas à trahir les intentions d’un livre et à décevoir le lecteur.

Et vous qu’en pensez-vous ? Qu’attendez-vous de l’adaptation cinématographique d’un livre ? Et si vous les avez-vous que pensez-vous des adaptations citées ? Vous font-elles envie ?

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